LES SUBSTRATS                   
Le substrat est l'un des éléments primordiaux pour la réussite du bonsaï.
Outre qu'il doit avoir un pH adapté aux besoins de l'espèce ( par exemple, acide pour les azalées, le substrat doit obéir à deux impératifs :
-être drainant et aéré pour permettre un développement optimal des racines grâces aux échanges eau-air
-avoir un bon pouvoir de rétention d'eau et d'engrais

C'est à chacun de trouver l'équilibre entre drainage et absorption dans le choix du substrat
-selon l'arbre (feuillus ≠ conifères)
-selon le climat de la région (plus ou moins de pluie)
-selon les habitudes d'arrosage (selon que l'on arrose plus ou moins souvent l'été)

Il faut également adapter la granulométrie à l'âge de l'arbre (granulométrie plus fine pour un arbre mature - granulométrie plus grosse pour un jeune arbre) et à la taille du pot (granulométrie fine pour un shohin).
LES DIFFERENTS SUBSTRATS
Les substrats japonais :
L'akadama
terre argileuse d'origine volcanique, au pH neutre, présentée en grains reconstitués cuits au four, extrêmement drainante, pourvue d'une grande capacité en rétention d'eau et stockant bien les éléments nutritifs des engrais pour les restituer au bonsaï.
Elle facilite le suivi du cycle d'arrosage par son changement de couleur très marqué selon qu'elle est sèche ou humide
mais elle se délite au bout de plusieurs années (selon les intempéries -le gel en particulier- et la granulométrie -la grosse de 10-12mm se délitant beaucoup moins vite que la 5-7 mm)
La kanuma
terre acide (pH 5 à 5,5) très légère, présentée en grains, très drainante, absorbant bien l'eau et stockant bien les éléments nutritifs des engrais pour les restituer au bonsaï.
Elle facilite le suivi du cycle d'arrosage par son changement de couleur très marqué selon qu'elle est sèche ou humide, passant du blanc cassé au jaune orangé vif.
Elle est réservée à la culture des bonsaï acidophiles, comme la satsuki.
Le kiryu zuna
sable de rivière à gros grains (=gravier), neutre ou très légèrement acide, ayant une forte action drainante et aucun pouvoir d'absorption, plus dur que l'akadama mais plus friable que le sable de Loire, qu'on peut lui substituer.
Les autres substrats :
La zéolithe (chabasite)
substrat granuleux et poreux, au pH neutre maintenu par son pouvoir tampon, issu de la longue transformation de cendres volcaniques, très drainant mais pourvu d'une aussi grande capacité en rétention d'eau que l'akadama et de propriétés d'absorption d'engrais plus importantes encore -ce qui fait qu'il constitue un substitut intéressant à l'akadama, d'autant plus qu'il résiste beaucoup mieux au temps et ne se délite pas
Une chabazite, de la famille des zéolithes, est commercialisée sous le nom de chabasai
La pouzzolane
roche volcanique au pH neutre, stable, qui ne se délite pas, poreuse, assurant un bon drainage, absorbant bien l'eau mais se desséchant vite et ne retenant pas les sels minéraux.
Elle contient par contre quelques oligo-éléments,
mais ses arêtes peuvent couper les radicelles, surtout lors du rempotage...
La pumice
pierre ponce au pH neutre, se présentant en grains légers mais stables et peu friables, assurant une très bonne aération et un bon drainage, avec une capacité de rétention d'eau plus grande que celle de la pouzzolane, et un bon pouvoir de fixation des ions qui permet la restitution des éléments nutritifs au bonsaï.
L'écorce de pin compostée
compost naturel, qui acidifie le substrat et favorise la mycorhisation, bien drainant et assurant une bonne aération.
A utiliser en addition à de l'akadama, de la kiryu zuna, de la pumice, de la zéolithe...
Les tourbes (en particulier tourbe blonde du Chili)
terres végétales fibreuses, acides, hydrophiles mais hydrophobes quand elles sont sèches, ne retenant pas beaucoup les sels minéraux.
A n'utiliser que comme élément d'appoint dans certains cas particuliers, pas comme substrat.
Les terreaux
terreau du commerce, trop riche en tourbe : à éviter
terreau naturel, acide, riche en éléments fertilisants et en flore microbienne, mais avec la présence possible d'éléments pathogènes.
A n'utiliser que comme élément d'appoint, pas comme substrat.
La sphaigne
mousse originaire du Chili, imputrescible, remarquable par son élasticité, qui permet une bonne aération du substrat, son énorme capacité de rétention d'eau (absorbe jusqu'à 10 fois son poids !), et par le fait qu'elle libère des composés acides (pH 4) anti-bactériens et fongicides
2 utilisations :
-mélangée, hachée, au substrat (à hauteur de 10%), elle permet de garder une humidité constante et une bonne aération
-déposée à la surface du pot, elle forme une couche protectrice pour limiter l'évaporation en été.
Le charbon actif
produit apte à retenir l'humidité mais drainant, améliorant l'aération, restituant lentement les éléments nutritifs qu'il retient.
Il améliore l'activité microbienne et favorise les mycorhises, bloque le développement des bactéries pathogènes pour lutter contre les maladies cryptogamiques, a une action purificatrice grâce à sa capacité d'absorption des substances toxiques et apporte de la potasse (K)
TABLEAU SYNTHETIQUE DES DIFFERENTS SUBSTRATS
LES DRAINANTS LES ABSORBANTS LES DRAINANTS ET ABSORBANTS
kiryu (ou sable de rivière)
pouzzolane
pumice
tourbe blonde
terreau
sphaigne hachée
akadama
kanuma
zéolithe
LES NEUTRES LES ACIDES FAVORABLES aux MYCORHISES
akadama (pH 6,5 à 6,9)
kiryu
pumice
pouzzolane
zéolithe
kanuma(pH 5 à 5,5)
écorce de pin(pH 4 à 6)
(tourbe blonde
terreau (qui acidifie le mélange)
écorce de pin (arbres à ectomycorhises),
charbon de bois (arbres à endomycorhises)


Alors, quels substrats utiliser et dans quelles proportions ? C'est évidemment à chacun de constituer ses propres mélanges et de tirer des leçons de ses expériences, mais voici, à titre d'exemples, quelques mélanges utilisés et conseillés par des professionnels ou des amateurs avertis :
FEUILLUS
FFB M. Sacal J.Marty Philippe 78
jeunes feuillus :
40% pumice
30% akadama
20% gravier
10% écorce de pin

feuillus matures:
40% pumice
20-30% akadama
20% gravier
10-20% pouzzolane
jeunes feuillus :
80% akadama
20% pumice ou pouzzolane

feuillus matures:
60%-70% akadama
30-40% pumice ou pouzzolane
25% akadama
25% pouzzolane
25% zéolithe
25% écorce de pin
1/3 akadama
1/3 pouzzolane
1/3 écorce de pin
un peu de charbon de bois actif>
CONIFERES
FFB M. Sacal J.Marty Philippe 78/td>
60% sable de rivière
20% pouzzolane
10% akadama
10% écorce de pin
50% akadama
50% kiryu zuna

+ 5 à 10% d'écorce de pin
25% grosse akadama
25% pouzzolane
25% grosse kiryu
25% écorce de pin
4/10 akadama
4/10 pumice ou pouzzolane
2/10 écorce de pin
un peu de charbon de bois actif
AZALEES (SATSUKIS : Rhododendron - Rhododendron indicum)
kanuma pure (grosse & moyenne granulométrie, la fine n'étant employée que pour surfacer -sauf pour les mame et shohin)


Que font les professionnels du Japon ? Du cas par cas ! Ils adaptent le substrat à chaque bonsaï, individuellement, en fonction de son espèce, de son pot, de son âge, de son stade de développement, des possibilités en terme de temps à consacrer à l'arrosage...
Voici, à titre d'exemple, quelques-uns des mélanges observés à Taisho-en chez Nobuichi Urushibata -mélanges qui n'ont pas été forcément reproduits à la lettre, pour d'autres rempotages du même type d'arbre- On remarquera que, quel que soit l'arbre, l'akadama domine largement :
FEUILLUS
CONIFERES
un ACER BUERGERIANUM (shohin mature) :
3 mesures d'akadama pour 1 kiryu + 1 kanuma + 1 pumice

un PREMNA JAPONICA (pré-bonsaï aux besoins importants):
7 mesures d'akadama pour 2 kanuma + 1 pouzzolane

un STEWARTIA (gros chumono mature):
9 mesures d'akadama pour 1 kyriu
un JUNIPERUS (gros chumono mature) :
7 mesures d'akadama pour 3 kiryu

un JUNIPERUS (komono mature):
9 mesures d'akadama pour 1 pumice

un PINUS (komono mature):
3 mesures d'akadama pour 0,5 pumice + 0,5 kiryu