LA METHODE DE WALTER PALL : LA TAILLE DE HAIE APPLIQUEE AUX BONSAIS
Article emprunté au blog de Walter Pall et traduit de l'anglais.
Remarque préalable : les deux mots growth (= croissance de toute la saison) et shoot (= tige et ses feuilles) sont rendus en français par l'unique terme "pousse", qui a les deux acceptions... ce qui amène à des répétitions qui ne figurent pas dans l'article original, surtout si l'on ajoute cela le verbe "to grow" (=pousser) !
Chaque livre sur le bonsaï décrit comment travailler les arbres à feuilles caduques pour obtenir la meilleure ramification possible. Tous les livres recommandent le pincement : cela signifie que, immédiatement après le premier débourrement, les nouvelles pousses sont ramenées à un ou deux bourgeons et que les pousses indésirables sont enlevées. L'objectif déclaré est d'éviter les longs entre-noeuds et de forcer l'arbre à produire des bourgeons visiblement plus petits et des feuilles plus réduites à son deuxième débourrement. L'arbre, dit-on, atteint ainsi une belle ramification au bout d'un bon nombre d'années.
A vrai dire, un arbre est grandement affaibli quand on enlève la toute première nouvelle pousse. Par conséquent, il ne peut former que de faibles bourgeons "faméliques", qui vont en effet donner de plus petites pousses. Ce que produit le second débourrement est ensuite taillé à nouveau, et l'arbre est encore plus affaibli. Finalement l'arbre deviendra si faible qu'il pourrait mourir.

Selon mes observations, il s'agit d'une pratique horticole très discutable. Cette méthode ne fonctionne que pour maintenir un arbre "fini" pendant un certain temps. Au final, il sera si faible qu'on devra lui rendre la santé en encourageant une forte croissance des pousses. En tout cas, pincer un arbre pendant sa phase de formation est inutile. Comment va-t-il pousser, comment va-t-il rebourgeonner s'il n'a pas de vigueur ? J'ai vu bon nombre d'arbres qui ont décliné ainsi. Comment ce non-sens est-il apparu ? Eh bien, voilà quelques décennies, lorsque les premiers bonsaïs ont été importés à l'Ouest, les acheteurs ont demandé comment ils devraient prendre soin de ces arbres. La réponse donnée visait à ce qu'il ne puisse y avoir d'erreurs commises. On a supposé que les propriétaires voulaient garder les arbres dans l'état où ils les avaient achetés : le pincement a été recommandé car il est utile pour les arbres "finis" et prêts à être exposés ou vendus. Personne, à l'époque, ne pensait que les Occidentaux seraient capables de créer eux-mêmes des bonsaïs.

Dans la phase de formation, le but est clairement d'améliorer l'arbre : le tronc et les branches doivent être épaissis, les plaies de coupe doivent se refermer et l'arbre doit produire assez de nouvelles pousses pour que l'on ait un choix de branches utiles ; le nébari devrait également s'améliorer de manière significative. A ce stade, l'aspect immédiat est secondaire par rapport à la beauté future. C'est pourquoi les feuilles peuvent être grandes et l'arbre sembler laid très longtemps. Pour atteindre ces objectifs, l'arbre a besoin d'un supplément d'énergie aussi important que possible, qu'il ne peut obtenir que par l'activité photosynthétique de feuilles en aussi grand nombre que possible. Si précisément ces sources d'énergie sont éliminées trop tôt, alors l'arbre ne peut pas se développer. Dans le pire des cas, il meurt d'une mort lente.

Eh bien, il se trouve que la plupart de nos bonsaïs ne sont pas des arbres "finis" mais qu'ils en sont probablement encore à un stade de formation précoce et que nous voulons les amener plus loin. Même les arbres importés qui ont plutôt l'air bien doivent être améliorés. Il est donc important de connaître les étapes pour réussir à faire progresser les arbres.

Pendant des décennies, j'ai utilisé avec succès une méthode qui est tout le contraire de l'approche normalement recommandée. Tous mes arbres feuillus -même les plus chers et les mieux connus- ont été traités de cette façon pendant des décennies.

Pour commencer, l'arbre doit pousser autant que possible pour avoir autant de feuilles que possible qui, à leur tour, développent l'énergie qui aboutit de nouveaux bourgeons et une nouvelle pousse. Si on laisse la première pousse au printemps se développer librement, alors les pousses s'allongent beaucoup. Après six semaines environ, elles durcissent. Les nombreuses feuilles produisent beaucoup d'énergie sous la forme d'hydrates de carbone qui se déplacent vers le bas à travers les branches, et se déposent dans les branches, le tronc et enfin les racines. Le résultat est que les branches et le tronc s'épaississent, que les racines de surface -le nébari- s'épaississent aussi, et que les racines poussent fortement. Dans le même temps, de nombreux bourgeons -visibles et dormants- se développent. L'ensemble du "système arbre" est renforcé et il a de bonnes réserves pour faire face à tout coup dur. Une taille radicale représente un tel coup dur !
Compte tenu du climat d'Europe centrale, c'est environ six à huit semaines après le débourrement initial -dans notre région, de la mi-mai au début juin- que l'arbre est ensuite taillé avec de grosses cisailles pour le ramener à sa silhouette précédente. Peu importe où on taille exactement et si quelques feuilles sont coupées ! Il faudrait effectivement exécuter cela comme un élagage partiel qui va permettre la pénétration de la lumière et de l'air dans la couronne de l'arbre. Toute autre pousse à l'intérieur de la silhouette n'est pas touchée, mais renforcée avec cette méthode. Et l'arbre est fortement encouragé à rebourgeonner : beaucoup de bourgeons dormants réagissent à cette taille radicale et s'ouvrent, même sur le vieux bois. L'arbre ressent la taille radicale comme un traumatisme et surréagit parce qu'il peut mobiliser beaucoup d'énergie stockée. Il produit visiblement davantage de bourgeons et active les bourgeons dormants, ce qu'il ne ferait pas autrement. Exactement comme quand on a taillé une haie : une haie ne cesse de se densifier si elle est coupée correctement.
Les entre-noeuds excessivement longs ont tendance à pousser à l'extrémité des nouvelles pousses et, avec cette méthode, ils seront coupés. Cette méthode, par conséquent, ne crée pas les longs entre-noeuds redoutés. Même les plus grandes feuilles poussent à l'extrémité des nouvelles pousses et sont complètement supprimées.
La seconde pousse est ensuite laissée jusqu'au début d'août, où elle est également coupée. Le début d'août est un moment important en Europe centrale : un peu plus tard, et les nouvelles pousses peuvent ne pas durcir à temps pour l'hiver. Habituellement, l'arbre a besoin de six à huit semaines, jusqu'au début d'octobre, pour durcir. Après, peu de croissance. Cela peut être très problématique pour l'arbre lorsqu'il est taillé après le début d'août, car les rameaux verts ne survivront pas à l'hiver.

Du début d'octobre à mars suivant, la couronne peut être à nouveau taillée, mais pendant sa période de dormance, l'arbre ne sera pas amené à rebourgeonner.
Quand les feuilles sont tombées, on peut enfin voir ce qui a été réalisé au cours de l'été. La couronne entière est devenue plus dense, et il y a beaucoup de travail à réaliser : de nombreux moignons de branches ont été créés, qui doivent maintenant être supprimés ; c'est la même chose pour les branches mortes ou les branches tronquées. Mais il y a tellement de pousses qu'on peut choisir avec lesquelles travailler -les autres peuvent être complètement supprimées. Parfois, vous avez même le problème d'avoir trop de branches pour faire votre choix ! La plupart des petites branches seront taillées à un bourgeon (arbres à feuilles opposées, comme les érables) ou deux bourgeons (arbres à feuilles alternes, comme les charmes). Dans certains endroits où la couronne a besoin de se développer, on enlève moins. A la suite de ce travail, l'arbre apparaîtra très beau ! A ce stade, vous pouvez également identifier les branches dont la position doit être modifiée : elles peuvent être ligaturées à la manière traditionnelle, ou déplacées à l'aide de haubans.
En plus de la méthode "taille de haie", vous pouvez utiliser des branches de sacrifice dans des cas spécifiques. Quand une branche ou un tronc ont besoin de s'épaissir par rapport aux autres, il suffit de laisser pousser quelques branches pendant toute la période de croissance (elles peuvent atteindre un mètre, voire plus). Le reste de l'arbre est traité comme décrit. De cette façon, les branches et le tronc sous la branche de sacrifice s'épaissiront et le nebari se renforcera. Cette méthode est particulièrement utile pour améliorer les branches inférieures qui, normalement, ne s'épaissisent pas, en raison de la dominance apicale propre à la plupart des arbres.

Les arbres feuillus peuvent être nettement améliorés lorsque cette méthode est appliquée sur plusieurs années consécutives. Quand l'arbre est enfin "fini", on peut pincer à nouveau, surtout quand il doit être exposé. A ce stade, il sera présentable pour quelques années -l'objectif de tous les amateurs de bonsaïs. Mais, finalement, l'arbre va décliner et devra être à nouveau renforcé avec une nouvelle forte pousse.

L'inconvénient de ma méthode, c'est que l'arbre ne peut être montré que rarement pendant de nombreuses années. Il y a toujours quelque chose qui ne va pas : trop de branches, des fils de haubans, une apparence tout à fait négligée. La beauté temporaire est délibérément sacrifiée au bénéfice de la qualité future. Mais les arbres de premier plan ne peuvent être créés que de cette manière.
Si vous ne voulez pas cela, si vous n'êtes pas prêt à payer le prix pour la qualité, alors vous devez vivre avec le fait que vos arbres ne s'améliorent pas et même déclinent avec le temps. Mais vous pouvez jouir de leur beauté un certain temps...

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