UNE MAGNIFIQUE PRESENTATION DE SHOHIN
Un seul clic sur les vignettes pour les agrandir, un clic n'importe où pour fermer la photo
La Gafu-ten est une exposition consacrée aux sohin, qui prend place à Kyoto en janvier depuis plus d'une trentaine d'années.
L'une des présentations primées en 2019, qui comporte six bonsaï et une plante d'accent, atteint un niveau d'excellence qui confine à la perfection puisqu'elle respecte toutes les règles propres à ce type de présentation et propose des arbres d'une maturité et d'un niveau que l'on voit surtout chez les grands sujets.

Contrairement à la présentation de bonsaïs de grande taille -exposés seuls ou à deux- celle de shohin implique des relations complexes entre tous les arbres de la composition et, plus le nombre d'arbres augmente, plus augmente également la complexité de la présentation.
Cette complexité découle de la règle qui impose de fournir une série de contrastes dans la présentation.

L'exposition d'espèces toutes différentes ensemble est le premier de ces contrastes obligatoires : ici, la composition réunit un pin noir, un cognassier du Japon, un jasmin, un érable de Burger, un kinzu (Citrus) et un shimpaku (Juniperus chinensis).

S'ajoutent à cela d'autres contraintes :
-celle de présenter des styles tous différents,
-celle de réunir des pots de formes différentes et de couleurs différentes,
-celle d'utiliser des supports différents.

La disposition elle-même des éléments de la présentation ajoute encore à la complexité. Il faut :
-exposer des arbres de taille relativement équivalente ;
-exposer des arbres avec un état de végétation contrasté : des arbres sans feuilles à côté d'arbres avec feuilles, des arbres en fleurs à côté d'arbres avec fruits ;

Mais les exigences ne s'arrêtent pas là :
-chacun des deux arbres disposé aux étages inférieur et médian doit pointer l'un vers l'autre ;
-l'arbre principal, situé au sommet de l'armoire, et le sixième shohin, placé à l'extérieur de l'armoire, doivent également être orientés l'un vers l'autre.

La présentation ci-dessus répond à chacun de ces critères. En plus de cela, chaque arbre est un excellent exemple de son espèce.
Selon l'usage, c'est un pin noir ou kuro-matsu (Pinus thunbergii) aux plateaux bien dessinés qui domine l'armoire : c'est lui le shuboku, l'arbre principal; il est planté dans un petit pot rectangulaire non émaillé à flancs convexes et à pans coupés, avec des pieds qui lui confèrent élégance et légèreté.

A l'étage médian, un cognassier du Japon ou kusaboke chojubai (Chaenomeles japonica), présente des racines exposées tourbillonnantes, ainsi qu'une ramification à nu sur laquelle se détachent quelques fleurs ; il est planté dans un pot vernis bleu rectangulaire, assez profond, plutôt "masculin" malgré ses flancs légèrement concaves.

A côté du cognassier, un jasmin nain (Trachelospermum asiaticum) dans un pot ovale vernissé à pieds, bocolore (crème et gris foncé) ; il présente une silhouette pleine et trapue, avec une ramification dense.

Les deux arbres sont, bien sûr, orientés l'un vers l'autre.
A l'étage inférieur, un agrume (Citrus) de type kinzu, qui produit des oranges minuscules, est plein de fruits mûrs ; il est dans un pot rond en céramique, orné d'un paysage. Orienté vers la droite, avec sa longue branche en semi-cascade, il "regarde" vers le second arbre.

A côté du kinzu, un érable trident (Acer buergerianum) avec une incroyable ramification des branches, formant une demi-sphère très dense, et des racines intéressantes disposées en étoile ; il est planté dans un pot ovale vernissé bleu.

A droite, en dehors de l'armoire, prend place l'arbre secondaire appelé maeoki, qui contrebalance le "poids" de l'armoire et renvoie vers elle toute l'énergie visuelle reçue : il s'agit d'un puissant genévrier de Chine (Juniperus chinensis) de type shimpaku avec un mouvement très dynamique et des bois morts très graphiques et aériens contrastant avec le feuillage très dense regroupé du même côté ; il est planté dans un pot de forme lotus à pieds, non vernissé.
Cet arbre est orienté vers la gauche et "regarde" le shuboku.

Le maeoki, présenté sur un haut ne taku, est posé sur une grande jita où se trouve également la plante d'accent ou shitakusa : cela crée un réel ensemble entre ces 2 éléments extérieurs à l'armoire. Le shitakusa, très attrayant dans son joli pot de porcelaine très coloré, est constitué de selaginella et pyrrosia pour marquer la saison.